Marc Lièvremont, comment avez-vous composé votre XV de départ ?
Il n'y aura pas de commentaire sur nos choix. On a déjà dit ce week-end qu'ils n'ont pas été faciles, particulièrement à certains postes. Les blessures de plusieurs joueurs (ndlr : Fall, Harinordoquy, Mermoz, Picamoles) ont réduit nos choix. Les joueurs sont très près les uns des autres. Je laisse à chacun le choix de commenter et d'argumenter en fonction de ses goûts, de son humeur jour, de sa sensibilité ou de sa politique journalistique. Ce qui nous attend est suffisamment conséquent.
Dans quel état d'esprit abordez-vous cette rencontre ?
Je lis ici ou là que la France est favorite. Peut-être. Ce qui est sûr c'est que la Nouvelle-Zélande impressionne depuis quelques matchs. Elle a retrouvé un niveau exceptionnel. Le contexte psychologique sera aussi particulier et on connaît le désir de revanche des Blacks par rapport aux trois dernières confrontations entre les deux équipes (Ndlr : deux victoires françaises contre un succès black).
Que redoutez-vous de la Nouvelle-Zélande ?
A mon sens, elle a retrouvé toutes ses qualités dans le jeu et son rang de numéro un mondiale. On la craint partout. Cet été, ils avaient été exceptionnels même s'ils avaient perdu contre l'Afrique du Sud. C'était le match avec la plus forte intensité. Ils sont revenus à leur meilleur niveau. Certains nuancent cela par rapport aux faiblesses de leurs adversaires ou de leurs problèmes en mêlée. Il y a matière à s'inquiéter. Ils ont retrouvé une excellente conquête mai aussi des leaders de jeu et de combat avec Dan Carter et Richie McCaw.
Le XV de France devra-t-il être aussi solide que contre les Boks mais aussi plus intelligent ?
Selon moi, nous avions été intelligents contre l'Afrique du Sud. Il faudra élever notre niveau dans l'intensité et l'organisation. Nous avons relevé très peu de failles dans cette équipe. Oui, il faudra un match exceptionnel de l'équipe de France. Mais nous avons quand même le sentiment de pouvoir rivaliser.
« Une marge de progression conséquente »
Comment expliquez-vous le faible nombre d'essais marqués par les Blacks ?
Ils sont efficaces puisqu'ils gagnent. Ils sont plus pragmatiques dans l'alternance. Cela ne veut pas dire qu'ils ne jouent pas mais ils sont beaucoup plus cohérents. L'apport stratégique de Carter est essentiel et cela s'est ressenti sur leur jeu. Ils poussent l'adversaire à la faute. Les Gallois, les Anglais, mais aussi les Australiens un peu plus tôt, ont été sanctionnés à douze ou treize reprises. Ils ont un des meilleurs buteurs au monde qui concrétise au pied.
Est-ce important de terminer cette série de tests avec trois victoires ?
Si cela doit arriver, on sera les premiers à s'en réjouir. On ne s'en plaindra pas. Mais, encore une fois, ce sera tout sauf simple. On ne va pas s'enflammer. Cette équipe a encore une marge de progression conséquente et j'espère que cela va s'afficher dès ce week-end.
Comment expliquez-vous ces progrès après un Tournoi décevant ?
Lors de ces deux dernières années, on a appris la patience. La progression est plus intéressante à certains moments, le phénomène de la confiance est très important. Si on revient en arrière, et sur la tournée d'automne de l'année dernière, les oppositions étaient un peu similaires. Nous avions commencé par un bon match, gagné avec peu de jeu, contre l'Argentine, qui se rapproche de l'Afrique du Sud, puis un match pas forcément abouti contre les Iles Pacifique, qui ressemblent aux Samoa, et contre l'Australie, une grosse équipe comme la Nouvelle-Zélande, on avait rivalisé sur les fondamentaux mais nous avions été battus de manière stratégique. Il me semble que cette équipe de France est en progrès. Il faudra le démontrer ce week-end.
Faudra-t-il garder les mêmes recettes que lors de la victoire à Dunedin l'été dernier ?
Une constante est l'engagement et l'investissement des joueurs dans le combat. On doit aussi réaliser un match abouti stratégiquement. Face certainement à une meilleure qualité de nos adversaires, il faudra une amélioration sur ces deux domaines.