Ouedraogo: "C'est un mythe"
Forfait contre les Springboks en raison d'une blessure à l'épaule, de retour avec Montpellier ce week-end, Fulgence Ouedraogo a été naturellement rappelé en équipe de France après les blessures de Picamoles et Harinordoquy pour le choc face à la Nouvelle-Zélande samedi à Marseille. Un match que le capitaine héraultais attend avec impatience puisque ce sera pour lui l'occasion de défier pour la première fois son modèle, Richie McCaw.
Fulgence Ouedraogo est prêt à repartir au combat. (Reuters)
Difficilement. Quand on m'a annoncé mon forfait, j'étais déçu. Surtout que je ne savais pas pour combien de temps j'en avais. Je suis retourné en club très déçu de devoir quitter les copains. Je me suis occupé de mon épaule toute la semaine. Pendant que mes coéquipiers étaient en vacances, moi j'étais chez le kiné. On m'a remis sur pied et j'ai pu jouer ce match contre Bourgoin. Et avec un peu de chance, on a gagné là-bas. Ça fait du bien dans la tête. J'ai moins de mal à quitter mes coéquipiers sur une série de victoires plutôt que l'inverse. On revient plus serein. Je n'ai plus qu'à penser à l'équipe de France.
Vous êtes-vous rassuré physiquement ?
Oui, le match s'est bien passé. J'ai joué sans douleur. Et je n'ai pas perdu le rythme car même si je me suis entraîné sans contact, j'ai fait beaucoup de physique, j'ai couru. Marc (Lièvremont) voulait savoir si mon épaule allait tenir, si je pouvais jouer un match entier. Et j'ai joué 80 minutes, je suis allé au contact, je n'ai pas eu d'appréhension et l'épaule a tenu.
Est-ce rassurant d'être rappelé sitôt être remis sur pied ?
Je n'ai raté qu'un seul match... Après, il y a aussi deux blessés en troisième ligne. Je ne sais pas si on m'aurait rappelé si Louis (Picamoles) et Imanol (Harinordoquy) n'avaient pas été blessés. Je sais qu'à mon poste il y a énormément de concurrence. Il ne fait se relâcher. C'est à moi de prouver que j'ai ma place dans ce groupe.
"Dur et vigilant"
Avez-vous suivi les copains contre l'Afrique du Sud ?
Oui, j'étais à Toulouse. J'ai vu le match qu'ils ont fait. Ça m'a fait rager d'être dans les tribunes. Même si j'étais très heureux à la fin du match, j'étais déçu de ne pas faire partie de la fête et d'être au coeur de ce match-là.
Qu'est-ce qui vous a le plus impressionné dans ce match vu de l'extérieur ?
J'ai été impressionné par notre paquet d'avants. Ils ont largement relevé le défi physique, ils étaient présents au combat. Et on a même vu les Springboks sortir sur saignement les uns après les autres. Ça change. On avait l'habitude des les voir concasser un peu tout le monde et là, ce sont les Français qui les ont mâchés. C'était assez impressionnant. On a constaté que le groupe tournait bien. Et moi, j'ai envie de faire partie de ce groupe. Je me suis dit qu'il ne fallait pas que je rate mon tour. Ça me motive encore plus.
Vous attendez-vous au même type de combat contre la Nouvelle-Zélande ?
Ça sera un match difficile. Ils reviennent en forme, ils ont retrouvé des joueurs clés, comme McCaw et Carter, qui leur manquaient cet été. C'est une grande équipe. Ils sont bons à tous les niveaux, que ce soit en touche, en mêlée, en attaque où ils sont capables de créer des différences à tout moment. Mais on le sait, c'est une grosse équipe et il faudra sortir un gros. On peut le faire. On l'a déjà fait il y a deux semaines.
Ce match sera-t-il, comme d'autres le pensent, la synthèse entre les deux premiers contre l'Afrique du Sud et les Samoa ?
Il faudra faire un match parfait. Il faudra être à la fois durs dans le combat, comme face aux Springboks, et vigilants, comme face aux Samoans, de la première à la dernière minute car ils sont capables de relancer de partout. Ils ont des joueurs avec des appuis fantastiques. Il faut se méfier parce que même après trois temps de jeu, il y en a un qui va faire un truc magique et on va se faire percer. Collectivement, il ne faudra rien lâcher et rester dans la stratégie du début à la fin. Et défensivement, il ne faudra pas qu'un d'entre-nous décroche parce que ça peut faire mal. Il faudra être complet dans tous les secteurs et prendre le jeu à notre compte.
"McCaw est partout sur le terrain"
Vous allez faire face à Richie McCaw, votre modèle. Qu'est-ce qui vous impressionne chez lui ?
Je n'ai jamais joué contre lui. C'est un modèle dans l'efficacité, dans les déplacements. Sa mobilité est assez phénoménale. Il est partout sur le terrain. Tout ce qu'il fait, il le fait bien. C'est un grand joueur. Le meilleur troisième ligne aile au monde à mon sens, plus vicieux peut-être qu'un Brussow parce qu'il ne se fait jamais prendre alors qu'il est parfois à la faute. Ce dernier m'a impressionné parce qu'il récupère vraiment tous les ballons alors que McCaw les ralentit un peu plus. Ce sont deux joueurs qui sont des poisons pour les attaques.
Comment le contrer ?
En essayant d'avoir de l'avance sur lui. Mais c'est difficile. La clé du match sera d'arriver sur les points de regroupements avant lui. Si on arrive à le prendre, on pourra avoir des libérations de ballon rapides et on pourra réussir à le contrer. Mais si on lui laisse un temps d'avance, il va nous casser toutes actions.
Et comment éviter les pénalités ?
On sait que l'arbitre a tendance à favoriser le défenseur. En attaque, il ne faut jamais s'isoler, il ne faut aller au contact tout seul sinon le ballon est perdu. La vitesse du premier soutien sera déterminante.
Comment jugez-vous le pack néo-zélandais qui l'on dit en reconstruction ?
Pour les avoir joués cet été, c'était déjà pas mal... Ils retrouvent des cadres, comme McCaw qui va leur apporter un plus ou encore Hore qui est aussi un client. C'est un pack peut-être moins solide que celui des Sud-Africains mais plus dynamique et plus mobile, qui propose un autre style de jeu.
La victoire de Dunedin peut-elle vous servir dans la préparation de ce match ?
On n'en parle pas trop encore. Mais on s'attend à un autre match. On sait qu'on affrontera une équipe des Blacks plus forte que cet été. Le match de cet été nous donne juste un peu plus de confiance, on se dit que c'est possible. Mais pas plus.
"On est encore outsider"
Marc Lièvremont espère que le XV de France soit le plus rapidement possible favori dans ce type de match. Partez-vous encore outsider contre les Blacks ?
Je pense qu'on se rapproche mais qu'on est encore outsider. Ça reste les Blacks. C'est un mythe qu'on ne peut pas effacer aussi facilement. Pour moi, ça reste l'équipe la meilleure au monde avec des joueurs fantastiques qui font rêver toute la planète rugby. Mais si on gagne samedi, ça sera peut-être à l'avenir plus du 50-50 qu'à l'heure actuelle.
Avez-vous tout de même le sentiment que l'écart se réduit entre les nations du Nord et du Sud ?
Je pense que les nations du Nord progressent. Nous, en Top 14, on a par exemple un championnat qui est très élevé cette année. Ça nous permet de nous aguerrir au très haut niveau même si ce n'est pas encore le Super 14. Il y a de grosses équipes et beaucoup de matches à enjeu, avec beaucoup de tension. Ça nous prépare pour ces matches-là.
Et si vous gagniez samedi, quelle conséquence ce match pourrait-il avoir en vue de la Coupe du monde ?
Ça peut les énerver. On a déjà gagné chez eux, si on gagne encore chez nous, ils peuvent se vexer... Ça donnerait lieu à un gros affrontement lors de la phase de poules en Coupe du monde. Mais, même sans ça, je pense que ce match en 2011 sera tendu.

















